vendredi 29 septembre 2017

Un cowboy à l'imaginaire précaire





Tentative d’approche de Cowboy light, premier roman de Frédéric Arnoux, paru aux éditions Buchet-Chastel en 2017.

Chronique littéraire du roman Cowboy light
Cowboy light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017
Un petit vendeur de shit endetté, rêveur et fêtard, raconte son quotidien dans les quartiers populaires du Besançon des années 1980. Tout commence par une soirée glauque à la fin de ses trois semaines d’intérim à côté de l’usine Lip. 

Il vit encore chez la Ginou, sa mère adoptive au chômage. Une vie kitsch en version cradingue, avec les potes. Il aime ça, il cultive l’humour et le mauvais goût. Ses fulgurances cyniques ont une légère tendance à devenir obsessionnelles, surtout en fin de soirée. 

Sensible, curieux et drôle, il se lance dans une quête effrayante : celle de sa mère qu’il n’a jamais connue. Pourquoi effrayante ? À cause des accès de violence gratuite qui font monter la pression. Les figures maternelles suscitent sa colère, jusqu’à ce qu’il décide de devenir gigolo. Cette idée lui est venue après avoir ressenti une attirance pour Ninon,  belle femme mûre, bourgeoise cocaïnée mais lucide, croisée lors d’une virée nocturne en Suisse, à bord d’une voiture volée. Il tombera bêtement amoureux, ce qui fera de lui un conquérant dérisoire et dangereux. Pourtant, il reste fidèle en amitié et revient toujours au bercail familial.

Le lecteur est immergé dans une période de chômage, transcrite dans le langage interlope du gars qui s’accroche vraiment. Rien n’empêche toutefois la descente aux enfers, via un imaginaire précaire. La tranche de vie est faite de blagues crasseuses et de ressassements, de récits de rêves et d’hallucinations maternelles. Cowboy Light est un roman héroï-comique et touchant sur l’illusion sociale. Les rêves de grandeur et de fric, barrés par tant d’obstacles, ne sont-ils que vanité et folie ? C’est peut-être tout simplement ça, la vie. 

Ni son milieu, ni l’école ne lui ont laissé aucune chance. Le lecteur rit malgré le manque d’horizon des personnages. Un univers réaliste plein d’embrouilles et de trafics… En tout cas, la Ginou, sa mère adoptive, l’a bien houspillé, ses créanciers l’ont bien traqué, histoire de le faire entrer dans le rang.

Mais rien à faire, il se pense en héros et le Don Quichotte de la drague et du shit se fracasse. Belle plongée réaliste en zone précaire, touchée par les premières délocalisations des années fric. Une tendresse hardcore au style inimitable. 

Cowboy Light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017.

Pour lire le début du roman, cliquez ici.
Vanessa Kientz




À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----

Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai. ...