mercredi 8 novembre 2017

Prix de Flore 2017 ex aequo : Paname Underground, de Zarca (éditions Goutte d’or)

 Style nerveux, personnages réalistes à bien y regarder (ils traînent dans la rue de toute façon). Un livre puissant, avec des lignes de coke plutôt que de morale. Hyper drôle et violent. Autofiction exagérée d’un écrivain en marge de la marge, qui aime ce qui va trop loin et qui va trop loin. Avec son personnage comme avec ses mots, à la limite du compréhensible. Mais ça dissonne bien (on peut détester).

Comme dans chaque livre de Zarca, la trajectoire est sans détour. Il balance un type dans son milieu, avec ses potes déjantés, et le lecteur est emporté dans une spirale de violence.

Une histoire d’écriture


Le narrateur-écrivain raconte son histoire : il va tenir la promesse faite à Dina, celle qu’il aime par-dessus tout. Sa frelonne, sa sista, sa reusse. Promesse d’écrire un guide de l’Underground parisien, peut-être un peu parce qu’une fille comme elle a de la valeur et que c’est là qu’elle vit. Le milieu de cette fille existe en vrai, l’ambiance et les lieux sont tous authentiques, même si les noms sont parfois modifiés.

Le guide nous emmène au-delà du paraître. Il nous initie aux psychismes défoncés non seulement par la drogue, mais aussi par les relations humaines. Et qui survivent par solidarité. Des soutiens, l’info au bon moment pour échapper aux coups foireux. Une certaine façon de faire sentir les lois sacrément explicites de la vie en société. Dans un langage pas facile à capter, on en perd un bout et peu à peu on comprend. Pas facile tant les influences étymologiques, renversées à l’occasion, et les contaminations sémantiques sont riches et ondoyantes, au gré des migrations internationales et des mélanges démocratiques.

 L’histoire est tirée au cordeau. De chapitre en chapitre, on avance dans un guide touristique hardcore. Forcément, on apprend des choses. C’est vraiment un guide sur Paris.

Géographie urbaine 


L’auteur a-t-il pris des risques ? Il évoque les dessous d’un pan assez énorme de l’économie (la drogue, le sexe, les armes). Il ne juge personne, il rend hommage à des morts-vivants de leur vivant, ceux qui sont enfermés dehors ou dans des caves bizarres et des rades vraiment cradingues et flippants.

Table des matières (extraits) :


  • Red-light Pigalle
  • Hardcore comme Paris Nord
  • Les Champs-Élysées underground
  • Porte d’Aubervilliers, le hangar des rabouins
  • Les galériens de la Nation
  • Bezbar — Pelcha
  • Rive gauche : la faf connexion
  • Jardin Villemin : little Kaboul
  • L’arsenal de Saint-Mich’
  • Le squat de Stalincrack

Une histoire de vengeance


Les humains, aux prises avec leurs besoins immédiats, s’arrangent avec la loi, la morale et les sentiments. Tout particulièrement Zays, le géniteur du bébé de Dina tué dans l’œuf par une overdose qui tombe mal à propos.
Le narrateur ne croit pas à la thèse du suicide maternel. Il décide de mener l’enquête pour trouver qui est derrière cette mort suspecte qu’il n’encaisse pas. Il nous parle de son guide en cours d'écriture, tout en remontant la piste des indices qui le mèneront peut-être au coupable. C’est un polar dans un monde où pas un flic n’oserait mettre les pieds.
Le narrateur enquête à double niveau, sur les bas-fonds de Paris et sur l’identité du meurtrier. Au fil des rencards et des rencontres, on voit bien qu’il se noue des choses, dans le secret des consciences. Chez certains, ça se voit physiquement. Leur âme est imprimée sur leur visage. D’ailleurs, il aimait Dina, même avec ses « carreaux sous les yeux » et si ses « chicots sont jaunes », qu’elle s’habille en bombasse piercée à tignasse violette. Touchant, rebutant et drôle.


#Littérature-vandale-radicale


Tous les personnages se droguent tellement, tout le temps. Ils n’en restent pas moins obnubilés par leur réputation, leurs amitiés, leurs amours. Des caricatures ambulantes, criantes de vérité.

Ce genre de livre parle de ceux qui font peur, qui ne lisent pas, qui n’ont pas la parole médiatique, sauf dans la rubrique « faits divers ». Et pourtant, quand on gratte un peu, avec la subtilité du verbe zarcassien, on voit des êtres tout en nuances. Des phrases courtes pour peindre, par touches successives, à coup de « vas-y » et de « putain d’sa mère », une cour des Miracles 2.0. Le langage d’une majorité de personnes, finalement. Ceux qui font que les rues parisiennes sont pavées de kebabs et de peur des autres. La vie, quoi. On glisse imperceptiblement dans la littérature, ce qui n’est pas trop grave puisqu’on rit du début à la fin.


V. Kientz

vendredi 29 septembre 2017

Un cowboy à l'imaginaire précaire





Tentative d’approche de Cowboy light, premier roman de Frédéric Arnoux, paru aux éditions Buchet-Chastel en 2017.

Chronique littéraire du roman Cowboy light
Cowboy light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017
Un petit vendeur de shit endetté, rêveur et fêtard, raconte son quotidien dans les quartiers populaires du Besançon des années 1980. Tout commence par une soirée glauque à la fin de ses trois semaines d’intérim à côté de l’usine Lip. 

Il vit encore chez la Ginou, sa mère adoptive au chômage. Une vie kitsch en version cradingue, avec les potes. Il aime ça, il cultive l’humour et le mauvais goût. Ses fulgurances cyniques ont une légère tendance à devenir obsessionnelles, surtout en fin de soirée. 

Sensible, curieux et drôle, il se lance dans une quête effrayante : celle de sa mère qu’il n’a jamais connue. Pourquoi effrayante ? À cause des accès de violence gratuite qui font monter la pression. Les figures maternelles suscitent sa colère, jusqu’à ce qu’il décide de devenir gigolo. Cette idée lui est venue après avoir ressenti une attirance pour Ninon,  belle femme mûre, bourgeoise cocaïnée mais lucide, croisée lors d’une virée nocturne en Suisse, à bord d’une voiture volée. Il tombera bêtement amoureux, ce qui fera de lui un conquérant dérisoire et dangereux. Pourtant, il reste fidèle en amitié et revient toujours au bercail familial.

Le lecteur est immergé dans une période de chômage, transcrite dans le langage interlope du gars qui s’accroche vraiment. Rien n’empêche toutefois la descente aux enfers, via un imaginaire précaire. La tranche de vie est faite de blagues crasseuses et de ressassements, de récits de rêves et d’hallucinations maternelles. Cowboy Light est un roman héroï-comique et touchant sur l’illusion sociale. Les rêves de grandeur et de fric, barrés par tant d’obstacles, ne sont-ils que vanité et folie ? C’est peut-être tout simplement ça, la vie. 

Ni son milieu, ni l’école ne lui ont laissé aucune chance. Le lecteur rit malgré le manque d’horizon des personnages. Un univers réaliste plein d’embrouilles et de trafics… En tout cas, la Ginou, sa mère adoptive, l’a bien houspillé, ses créanciers l’ont bien traqué, histoire de le faire entrer dans le rang.

Mais rien à faire, il se pense en héros et le Don Quichotte de la drague et du shit se fracasse. Belle plongée réaliste en zone précaire, touchée par les premières délocalisations des années fric. Une tendresse hardcore au style inimitable. 

Cowboy Light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017.

Pour lire le début du roman, cliquez ici.
Vanessa Kientz




jeudi 31 août 2017

Les ateliers du Quartier : "écrire une nouvelle" (2017 – 2018)


Venez tenter l'aventure !

De septembre à décembre 2017
Atelier "écrire une nouvelle"
Un vendredi sur deux de 18 h 30 à 20 h 30
15 / 09 – 29 / 09 – 06 / 10 – 20 / 10

Centre culturel Paul B.
6 allée du Québec
91300 Massy
(RER Massy-Verrières)

Tout est précisé dans l'agenda de la mairie.

De janvier à avril 2018
Atelier "écrire une nouvelle"
Mardi 17 h – 19 h

Café Quartier
55 rue Charonne
75011 Paris
(métro Ledru-Rollin)

Association Butterfly
34 avenue saint Marc
91300 Massy

Téléphone :
01 83 50 03 05
06 62 51 87 33

Adresse mail :
butterflyparis1@gmail.com

Page Facebook :
Ateliers du Quartier



dimanche 27 août 2017

"Écrire une nouvelle"


 Ateliers d'écriture Butterfly : quoi de neuf ?


Voici la couverture du recueil de nouvelles écrit par les participants des ateliers précédents,  à paraître en novembre aux éditions du Quartier.



Pourquoi ? 



Pour si peu... En janvier, nous nous étions donné rendez-vous aux Terrasses de l'Opéra. Début des ateliers d'écriture à Massy. Des séances animées et riches en émotion. Thème libre et jeux d'écriture.



Où donc ?

Si l'aventure de l'écriture vous tente, rendez-vous le vendredi 15 / 9  à l'espace Paul B. de Massy. Au passage, la nouvelle programmation musicale est géniale.

Quand ? 

Vendredi 18 h 30 - 20 h 30.
Tous les quatorze jours entre septembre et décembre.

NB : L'atelier suivant aura lieu à Paris, au café Quartier, 55 rue de Charonne, près de Bastille. Il démarrera en janvier, un mardi sur deux de 18 à 20 heures.



Contact : butterflyparis1@gmail.com
@vanekien



samedi 4 février 2017

lundi 16 janvier 2017

Jeudi 19 janvier : 9ème édition des Marchés de l'Auto-édition, Du coq à l'âne, 28 rue Croix des Petits Champs, 75001 Paris





Voici quelques débuts de romans contemporains. Saurez-vous deviner lesquels sont auto-édités ?
(Réponse à la fin de l’article)

1. Finalement, je les ai accompagnés. Pas jusque là-bas, Orly suffisait. Orly à deux heures du matin. En échange ils m’ont laissé la voiture, pour toute la durée de leur absence.
Ma mère craignait d’avoir oublié de fermer l’eau. Plusieurs fois, elle a insisté pour que je passe chez eux à Bourg-la-Reine pour vérifier. Et tant que j’y étais autant jeter un coup d’œil au gaz. En voiture c’est pas loin. Mon père lui, ne disait rien. Il conduisait. Vingt-trois ans qu’ils avaient quitté l’Algérie. Vingt-trois ans qu’ils parlaient d’y revenir. Et c’était aujourd’hui.

2. Deux ans de ma vie pour que la pluie cesse. Inévitable. C'est le mot qui tourne en boucle dans ma tête depuis que j'ai mis le moteur en route. Inévitable, c'est le mot exact. Je le sais depuis toujours. J'ai repoussé et repoussé sans cesse. J'ai joué la montre, j'ai pris les chemins de traverses, et tout mon temps aussi.

3. Enceinte à quarante-huit ans pour la première fois, Enide attendait l’accouchement comme d’autres la roulette russe. Elle se réjouissait pourtant de cette grossesse qu’elle espérait depuis si longtemps. Quand elle en avait pris conscience, elle en était au sixième mois.
— Enfin madame, vous n’aviez plus vos règles ! dit le médecin.
— À mon âge, ça me paraissait normal.

4. Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s’est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous.

5. Lapieta* ? Georges ? Tu le connais, c’est le genre de type à se rouler dans la confidence comme un chien de ferme dans la fosse à purin. (Ce mouvement hélicoïdal qui les torchonne du museau jusqu’à la queue !) Il est pareil. Il en fout partout. Alors autant entrer tout de suite dans l’intérieur de sa tête. Il n’y a pas d’indiscrétion, lui-même a tout raconté aux gosses ce jour-là. À commencer par la minutie avec laquelle il s’est préparé pour aller toucher son chèque.

6. Les quatre valises, à moitié vides, ont envahi le salon, deux ouvertes sur le canapé, une sur le fauteuil et la dernière sur le tapis. Assise sur le deuxième fauteuil, je les contemple. J’y ai déjà rangé sous-vêtements, chaussettes et pyjamas. C’est maintenant que cela se complique. Pour les garçons, j’ai une idée précise de ce dont ils ont besoin, mais nous… C’est le pire moment d’angoisse du voyageur, il sait qu’il est en train d’oublier quelque chose, peut-être le plus important, mais comme il n’a encore aucune idée de ce qui va s’avérer indispensable, il sent que la partie est perdue d’avance.

7. À l’isolement. Ç’a été leur dernière injonction et ils l’ont respectée. J’y suis, pas de télé, pas de Secret story avec mes copines de poisse surexcitées par la gloire. Pas de beaux mecs à pectoraux et cervelle passée au hâchoir.
Pourquoi est-ce encore moi qui paye ? Ils vont me laisser croupir là, et autoriser les angoisses de la nuit à me jeter un sort. Je lancerai contre leurs murs de pisse mon cri de cheyenne sans tribu.

8. Le ciel pourpre s’est retiré au-dessus des pavés du quai de Rive-Neuve, depuis un moment déjà, drapant les restaurants face au Vieux-Port d’un voile qui pourrait sentir bon les nuits d’été, si je n’avais pas autant picolé. L’air tiède s’engouffre à travers la vitre comme pour me susurrer que je viens de faire une énorme connerie.

9. Un jour de juin 1990, j’attendais au bar El Ideal, calle Morelos, une jeune chanteuse cubaine qui ne vint jamais. Elle était l’étoile de la revue du Tropicana de La Havane, qui prétendait non sans quelques excès être el cabaret màs fabuloso del mundo. Une pluie furieuse, que le vent tordait comme une serpillière sale, battait Veracruz.

1. Mazarine Pingeot, Théa, Julliard, 2017.
2. Sacha Stellie, Le choix des tricheurs, 2016 (auteur-éditeur).
3. Amélie Nothomb, Riquet à la houppe, Albin Michel, 2016.
4. Leïla Slimani, Chanson douce, Gallimard, 2016 (Prix Goncourt).
5. Daniel Pennac, Le cas Malaussène,Gallimard, 2017.
6. Chris Simon, Memorial Tour, Éditions du réalisme délirant, 2016 (auteur-éditeur).
7. Astrid Manfredi, La petite barbare, Belfond, 2015.
8. Matthieu Biasotto, Après moi le déluge, 2016 (auteur-éditeur).
9. Olivier Rolin, Veracruz, Verdier, 2016.

dimanche 15 janvier 2017

lundi 2 janvier 2017

2017, année de l'invention !

La folie, c'est de vouloir changer le monde ! Une entreprise pas si difficile, c'est juste une question de point de vue sur la réalité. Tout dépend des histoires que l'on se raconte et que l'on raconte aux autres.

Qu'est-ce que la littérature aujourd'hui ? Insoumise, elle peut être le remède au storytelling, les diverses histoires distillées par de nombreux médias. Cultivons cet art du langage ouvert à tous, qui fleurit partout, dans toutes les bouches. Il suffit de savoir faire un bouquet.

Si vous le souhaitez, il est devenu très simple de publier sa petite histoire, avec les nouvelles imprimantes à la demande. Faites-vous lire dans votre entourage, surprises garanties !

En 2017, le mardi de 17 h à 19 h, nous nous retrouverons pour rédiger chacun une nouvelle dans un cadre très agréable, au café Quartier, 55 rue de Charonne, 75011 Paris.
Le vendredi de 19 h à 21 h, c'est aux Terrasses de l'Opéra, 91300 Massy.

Nous vous accompagnerons dans votre parcours créatif, jusqu'à la publication dans la revue auto-éditée du Quartier. Vous pourrez en commander des exemplaires brochés à volonté.

À vos scénarios imaginaires, l'une des clés de la création !

Butterfly

À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----

Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai. ...