mercredi 5 août 2015

Le métier d'écrivain aujourd'hui : rencontre avec Nairi Nahapetian ----



Pour faire découvrir au grand public les multiples facettes du métier d'écrivain aujourd'hui, j’ai rencontré le 3 juillet 2013 Nairi Nahapetian autour d’un café à Paris. Elle est actuellement journaliste pour la revue Alternatives économiques et a rencontré le succès dès son premier polar franco-iranien, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? , publié aux éditions Liana Levi en 2008. Le personnage de Narek Djamshid, celui qui mène l'enquête - même si ses investigations ne porteraient pas leur fruit sans l'intervention d'une Iranienne - , réapparaît dans Dernier refrain à Ispahan   publié en 2012.
Ecrire, c’est lire et relire
Tout d'abord, Naïri Nahapetian insiste sur l'importance de la lecture : « la frontière entre la lecture et l'écriture est mince, on passe beaucoup de temps à se relire ». En outre, elle lit beaucoup d'auteurs contemporains de worldpolar. On retrouve par exemple dans ses romans la multiplicité des points de vue utilisée par l'auteur israélienne Batya Gour. Faisant évoluer ses personnages dans l'univers du narcotrafic, elle a lu  La griffe du chien de Don Winslow, polar américain plongeant au cœur de la guerre du narcotrafic mexicain. Elle lit également des auteurs iraniens comme Sâdeq Hedayat. Mais actuellement, en Iran, aucun polar n'est publié, hormis par le biais cinématographique des thrillers blockbusters et de séries d'espionnage se déroulant dans les années quarante, œuvres de propagande politique. D'autre part, en Iran, de nombreuses femmes écrivent des histoires à l'eau de rose, mais les plus populaires ne sont pas traduites.
Ecrire, c’est voir et regarder
Naïri Nahapetian regarde également de nombreuses séries (souvent des adaptations de romans policiers), en particulier la série écrite par David Simon et Ed Burns The wire. Elle en intègre des éléments dans ses romans, de manière inconsciente dans un premier temps.  Elle fait un clin d'oeil à cette culture très éclectique, dans Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? lorsque la tante de Narek regarde des soaps indiens. Ce genre, qui reste en fait un sous-genre littéraire, est en crise comme le roman, mais il est populaire. Il joue un rôle dans une société elle-même en crise, retraçant les aventures d'un individu finalement plutôt rassurant, car il parvient à trouver une réponse rationnelle à ses questions. Ce genre est également adapté à la société iranienne en voie de modernisation. En effet, le genre du polar à énigme choisi par Naïri Nahapetian permet de rendre compte du contexte contemporain. L'auteur s'est inspirée d'affaires de corruption réelles. De plus, de nombreux meurtres en série sont perpétrés en Iran - mais ni d'ayatollah ni de chanteuse, comme c'est le cas dans ses deux romans - .
L'auteur doit également faire des expériences de terrain pour rendre compte d'une réalité. Dans Dernier refrain à Ispahan, l'auteur construit l'univers réaliste de l'Iran actuel : une société très moderne, soumise à des lois totalement absurdes. Ce décalage génère de l'humour tout au long du roman, qui montre bien aussi la prégnance du contrôle social restreignant les libertés individuelles, tout particulièrement pour les femmes qui n'ont pas le droit de chanter. Les Iraniens se montrent chaleureux avec les étrangers car ils souffrent de l'isolement du pays, ce qui permet à l'enquêteur malgré lui, Narek Djamshid, de trouver des interlocuteurs ouverts et d'accéder inopinément au lieu du pouvoir.
Ecrire, c’est prévoir, inventer et rédiger
Ensuite, pour élaborer son roman, l'auteur construit au préalable un plan, chapitre par chapitre. Elle le suit assez rigoureusement lors de la phase de rédaction, tout en restant marquée par certaines scènes ou phrases. Pendant le temps de l'écriture, elle s'extrait de ses activités habituelles. Son second roman est en cohérence avec le premier car elle remet en scène Narek Djamshid, un Français d'origine iranienne dont la névrose lui fait faire de fréquents retours aux sources en y trouvant des mères substitutives. « Un peu anti-héros, il ne parvient pas à résoudre les questions qu'il se pose. Il trouve des réponses, pas forcément celles qu'il cherchait ». Il représente le regard occidental sur ce pays, tandis que l'enquête avance surtout grâce à une véritable héroïne iranienne.
Ecrire, c’est rencontrer et partager
Naïri Nahapetian fréquente également les salons du polar, anime des ateliers d'écriture. En effet, pour écrire, elle a besoin de vivre des expériences humaines riches en émotion, différentes du travail intellectuel et théorique de la journaliste économique.
L'auteur travaille également en relation avec un éditeur. Dans un premier temps, Naïri Nahapetian avait écrit un roman policier dont le personnage principal était un anarchiste d'extrême-droite, qui n'a pas été publié. Elle a ensuite publié avec un succès immédiat Qui a tué l’ayatollah Kanuni et Dernier refrain à Ispahan. Et tout récemment, son troisième roman,Un agent nommé Parviz, aux éditions de l'Aube. Littérairement atomique.

Vane Kien





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À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----





Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai.  Oeuvre de légère anticipation politique, dont l'intrigue se déroule en 2017, faisant référence à des personnalités politiques parfois réelles : Bayrou en Premier ministre du Président musulman modéré Mohammed  Ben Abbes.

Est relaté, à la première personne, le quotidien parisien de François, professeur de littérature  à l’université de la Sorbonne, spécialiste de  l’auteur décadentiste Huysmans.  Bien qu’il vive essentiellement dans l’univers de son auteur fétiche, il est motivé moins par son métier que par ses élèves avec lesquelles il entretient des relations, et tombe amoureux de son étudiante Myriam, au physique avantageux. Lors d’un changement de direction lié aux élections consacrant la victoire du parti de la Fraternité musulmane en 2017, contre le bloc identitaire de Marine Le Pen, Myriam suit ses parents à Tel-Aviv. Le narrateur choisit dans un premier temps une retraite confortable plutôt qu’un poste très bien rémunéré, mais qui nécessiterait une conversion à la religion musulmane.  Il rencontre ensuite le nouveau directeur de l’université, un converti, Robert Rediger, qui le fera changer d’avis pour des raisons qui semblent vaguement masculinistes.



Retour au patriarcat en France : amusante ou désespérante issue réactionnaire, après le cinglant désaveu infligé par l’auteur des Particules élémentaires à la génération libertaire de soixante-huitards décadents ? Houellebecq est provocateur tout en mettant en scène un narrateur à la dérive, dans un style limpide,  bien lissé. Une pointe d’humanisme[i] subsiste dans l’intérêt porté à l’islam, aux identitaires, aux femmes aussi bien qu’aux hommes. Houellebecq, un auteur promouvant l’homme banal, se livrant à une ethnologie de la solitude et du machisme moderne ?

Le titre du roman est une traduction française du mot arabe « islam ». Les références religieuses et politiques du roman sont certes parfois réalistes, au sujet du débat sur les preuves de l’existence de Dieu ou de l’observance des cinq piliers de l’Islam.  Mais elles demeurent  bien souvent inventées par un auteur qui propose avant tout une œuvre sociale crypto-engagée car décalée, corrosive mais non pas subversive. Le thème essentiel demeure une déambulation littéraire dans les méandres de  l’esprit fin de siècle (le XIXème). Géopoétique mentale d’un homme fragile, aisément manipulable. Au lecteur de prendre au second degré l’instauration imaginaire de la charia en France, l’auteur se jouant à rebours des peurs collectives[ii], en savoureux avatar du dandysme inrockuptible. Et paf ! Autodérision ?

V.K.




[i] Cet humanisme paradoxal filtre selon moi de manière comique derrière le cynisme du narrateur qui s’entend avec Rediger à ce sujet : « rien que le mot d’humanisme me donnait légèrement envie de vomir, mais c’était peut-être les pâtés chauds, aussi, j’avais abusé ; je repris un verre de Meursault pour faire passer » (p.250-251)
[ii] L’auteur met en exergue au début du cinquième chapitre une citation de l’ayatollah Khomeyni. 



Crédit photographie : "Amour et soumission" Le site de Max Heratz,

Définition des mots "Fiction" et "Transmédia" -----


Juillet 2015. ON DIT que nous sommes entrés dans une société de la connaissance. Communication dématérialisée qui induit de profondes transformations socio-économiques, humaines et artistiques.  Et blablabla. Michel Serres nous aide à mieux comprendre en nous présentant sa créature à vocation didactique : Petite Poucette[1]. Ce personnage emblématique évolue dans le nouvel espace-temps induisant des relations humaines réactivées.
La fiction est en pleine métamorphose par le développement des moyens de communication à travers le monde, MAIS elle demeure un besoin premier et universel. L'écrivain-diplomate Romain Gary le rappelle dans  Les Racines du ciel (1954) : dans le camp de concentration, pour survivre, Robert s’était créé une compagne imaginaire.

La fiction demeure un besoin premier et universel. 


La littérature française est un art de la fiction maîtrisé par un Auteur, à la différence du storytelling[2], narration interconnectée, collaborative et imprévisible dans le monde en  vive expansion des médias. Une œuvre savamment et lentement construite se dresse face à un serpent de mer dont les communicants tentent de dominer les soubresauts, en temps réel. Un nouveau lexique est en construction au sein de la Commission générale de terminologie et de néologie qui propose le terme de transmédia (Vocabulaire de l'audiovisuel par au Bulletin Officiel, mis à la disposition des professeurs de français[3]) :
transmédia, adj. ou n.m.
Domaine : Audiovisuel.
Définition : Se dit d'un mode de création ou de production utilisant de façon combinée et complémentaire différents médias pour développer une même œuvre ou un même sujet ; par extension, ce mode de création ou de production.
Voir aussi : multisupport, télévision participative.
Équivalent étranger : crossmedia (n. ou adj.), transmedia storytelling (n.).


End of story-----
Joan Alba




[1] Voir conférence vidéo Michel Serres présente Petite Poucette : révolution culturelle sur le langage. 20 000 mots en plus dans le Dictionnaire de l’Académie française (vocabulaire des métiers et des sciences). Une révolution dans le temps, dans l’espace, pour les hommes et les femmes. https://www.youtube.com/watch?v=ZCBB0QEmT5g

[2] Terminologie : article « storytelling », wikipedia 

[3] Extrait du Bulletin Officiel n°24 du 12 juin 2014 :

À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----

Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai. ...