mercredi 23 décembre 2015

Joyeux Noël avec le jeu des 10 clic-citations ------


... Mais à qui sont ces mots ? 

dimanche 1 novembre 2015

Phi Prob, roman de Johann Zarca -----


 Fiction autobiographique, Phi Prob propose une sorte de dialogue morbide entre Djeff et la voix de l’esprit nommé Phi Prob, jaillissant dans sa conscience. Qui le ronge physiologiquement puis mentalement, de l’intérieur, toujours plus profond, jusqu’au pire.
C’est l’histoire de Djeff, un Farangset (Français), débarqué un soir en taxi au Nana Plaza, à Bangkok. Il est pris pour un touriste, le chauffeur  lui précise qu’il l’emmène là où « ladies good boom boom ».  Mais Djeff retrouve ses potes, des expatriés défoncés dans l’ambiance trash du Beers Garden. Il vient de perdre sa femme Nang et s’attend à mourir de manière aussi atroce qu’elle.
La bête immonde qui habitait cette ancienne lady bar est passée en lui. Elle le dévore, il a des pulsions incontrôlables. Le récit est toujours plus dégénérescent, à mesure que Djeff sombre dans la désagrégation physique, dans toute forme de déchéance. Agonie orchestrée par paliers brutaux. Le narrateur déjante en version charogne charognard. Phi Prob attaque Djeff, l’écriture est acide, drôle et percutante, musclée et complexe. Littérature vandale toute en argot des expatriés. Plongée alternative, tempo et basse solides, riffs d'écorché vif, ligne mélodique underground.

Le lecteur ne se sent rien d’autre qu’un voyeur face aux tourments, crachats de la haine de soi. L’autodestruction serait-elle une figure imposée par le destin, par les esprits ? Ou bien le délitement d’un être nostalgiquement enlisé là où il ne faudrait plus aller ? Tension dramatique du dernier jour d’un condamné. Malgré le décor sulfureux, rien de libertin ni de pornographique, même quand une scène se déroule dans un antre SM  fréquenté par des clients japonais. Le narrateur ne choisit pas, ne s’amuse pas, surtout quand il est irrésistiblement attiré par Noy, une jeune vierge.  

Du même auteur :
Le Boss de Boulogne ( extrait lu par l'auteur sur le player de France Info, critique par Eric Naulleau "Ca balance à Paris")

vendredi 4 septembre 2015

De la servitude volontaire ou le Contr'un, discours de La Boétie -----

À propos du discours
De la servitude volontaire ou Le contr’un, Étienne de La Boétie, 1552



Comment s'affranchir ?
                                                


Comme son ami Montaigne, La Boétie dévoile dans son essai une pensée vive en construction. Ce naturel est bien sûr le fruit d’un art du discours (la rhétorique)  parfaitement maîtrisé et ordonné. Il tente d’établir les conditions de la liberté dans le cadre de la monarchie (il exclut l’étude des républiques). Pour cela, il faut rendre possible le bonheur, ne se soumettre ni à un maître, ni à plusieurs. Il met à jour l’absurdité de la domination d’un seul, qui ne tient que tant que ses membres acceptent une souffrance qu’il attribue à la peur de se révolter : « ils aiment mieux le souffrir que lui contredire ». Selon lui, la tyrannie repose sur du vent, car le maître est un être comme les autres. La Boétie s’agace, exprime sa colère car le malheur viendrait seulement de la faiblesse humaine qui fait que tout le monde obéit… ce qui entraîne avec le temps et l’usure du pouvoir une servitude, une forme certaine d’esclavage. Et la violence d’un seul homme est paradoxalement plus grande que celle d’une armée. L’unicité du pouvoir en induit la concentration : plus il est concentré, plus il est dangereux.

La Boétie tente de comprendre comment meurt la liberté et raisonne « à tâtons ». Il cherche des exemples tirés de la culture antique des humanistes de la Renaissance, notamment ceux des guerres médiques de l’archonte d’Athènes Miltiade contre les Perses au VIème siècle avant Jésus-Christ. Puis plus tard, le sauvetage de la flotte grecque par Léonidas qui les retient au défilé des Thermopyles. Il évoque également la bataille de Marathon en 490 avant Jésus-Christ… Les Grecs, en petit nombre, ont eu « du cœur » et ont vaincu l’ennemi malgré sa supériorité numérique. Il constate alors l’universalité de la guerre, la banalité du mal. Les peuples se laissent eux-mêmes systématiquement «gourmander » (dévorer).

Le plus drôle est que l’auteur feint de s’en étonner car pour lui la solution serait d’une évidente simplicité, sans dépense aucune. Il suffirait « de bête revenir homme » pour recouvrer un « droit naturel ». Mais il concède de façon vraiment provocatrice que ce serait trop facile : les peuples préfèrent se compliquer la vie. Il interroge alors la pulsion autodestructrice de l’homme qui agirait d’instinct en esclave, mourant en plein combat sanguinaire. Pour démontrer cela, il recourt à deux exemples analogiques déconcertants pour le lecteur lettré du XVIème siècle car ils ne renvoient à aucune érudition, mais plutôt au bon sens. Premier exemple : un feu de bois que l’on n’attise pas finit par s’éteindre de lui-même. Et pourtant... « Les tirans plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, plus ils se fortifient ».  Le second exemple est du même ordre : une racine sans sève ne fructifie pas : « la branche devient sèche et morte ». A l’issue de l’analyse de ces deux exemples, la conclusion est sans appel. Sans la liberté, « tous les maux viennent à la file ».

Suit alors l’extrait le plus célèbre de l’oeuvre, un discours pamphlétaire adressé au peuple. Pour dénoncer la bêtise généralisée, en utilisant la forme littéraire de l’éreintement. Il en ressort cette proposition à valeur générale : « soiés résolus de ne servir plus, et vous voilà libre ». Devant la désarmante simplicité de ces propos, La Boétie s’excuse, se juge fou, feint l’autocritique. Il relance à ce moment la quête impossible d’une méthode pour libérer le peuple de façon ludique et faussement régressive : « Cherchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s’est ainsi si avant enracinée cette opiniâtre volonté de servir, qu’il semble maintenant que l’amour même de la liberté ne soit pas si naturelle ».  En réalité, l’auteur mime une prise de conscience, fraîche et spontanée : l’amour de la liberté serait le fruit d’un apprentissage, puisqu’il ne serait pas inné (naturel). Cet écrit commence donc à demi-mot à avouer sa portée didactique. Son objectif : une éducation à la liberté, à partir d’une réflexion d’une grande évidence libératrice. Mais concrètement bien difficile à acquérir… un peu comme le fait que l’apparence de naturel est souvent le fruit du travail, de l’artifice.

Comment faire pour rester libre ?

Naturellement, l’homme obéit aux parents, à la raison et à la liberté. Ceci est vrai pour tous, il affirme l’unité de la condition humaine qui conduit... à la liberté ? Nous habitons la même terre, nous nous ressemblons tous physiquement car nous sommes « figurés à mesme patron », nous communiquons tous par la voix et la parole : « nous sommes tous compagnons ».  Puis il brise cette belle observation car les hommes s’esclavagisent et s’injurient… pour une raison bien étonnante… celle d’être nés non seulement avec la liberté mais aussi « avec affection de la défendre ».

La liberté est un bien précieux mais fragile...

Les animaux, eux, sont naturellement libres, car ils ne supportent pas la captivité qui les fait mourir. Ils se défendent ostensiblement quand on les chasse. Ce « mal de sujétion » est acceptable selon lui chez les animaux, mais non chez les hommes.

Tout pouvoir, qu’il soit politique, militaire, ou acquis par héritage, dérive vers l’asservissement : « les semences de bien que la nature met en nous sont si menues et glissantes qu’elles ne peuvent endurer le moindre heurt de la nourriture contraire : elles ne s’entretiennent pas si aisément ; comme elles s’abatardissent, se fondent, et viennent à rien ne plus ne moins que les arbres fruitiers…. Les herbes ont chacune leur propriété, leur naturel et singularité ; mais toutefois le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier, y ajoutent ou diminuent beaucoup de leur vertu : la plante qu’on a vue en un endroit, on est ailleurs empêché de la reconnaître ».

La Boétie nous brosse alors un portrait plus nuancé de la liberté, idée difficile à discerner dans la vraie vie, comme si l’objet de son discours se dérobait. Il interroge l’exemple de la République de Venise, où règne Licurgue « le policeur de Sparte ». Sur une terre dite de liberté, les hommes deviennent « des chiens courant au plat et au lièvre bien qu’ils soient frères ». La Boétie analyse finement différents exemples historiques pour constater des actes de barbaries suivis de repentances, d’incommunicabilité, de conjurations.

L’auteur s’étourdit lui-même, remet en cause ses propres analyses et perd le fil de son discours : «  à quel propos tout ceci ? » Cette tourmente personnelle le fait évoluer. Sa colère initiale contre le peuple trop obéissant est passée : « je suis d’avis qu’on ait pitié de ceux… ou bien que on les excuse, ou bien qu’on leur pardonne » L’homme est parfois aveuglé par une idée qu’il n’a jamais vue : « si n’aians vu seulement l’ombre de la liberté ».

Les hommes sont-ils capables d’être libres ?

Il rassemble ses esprits, récapitule son raisonnement : « la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ». Constate que certains hommes font exception, de façon certainement autoréférentielle : « un mieux né que les autres qui sente le pois du joug et ne se peut tenir de le secouer ».  Ulysse, lui aussi, recherchait sa demeure naturelle.

Quelles sont les qualités de ces êtres refusant la servitude ? Ne pas se contenter de privilèges, de naïveté, de « regarder ce qui est devant [son] pied ». Il faut développer un « entendement net », un « esprit clairvoyant » grâce à l’étude et au savoir. Même quand toute liberté a disparu dans une société, elle peut encore se savourer en imagination, par les livres et par le partage des idées. Cette affaire est extrêmement sérieuse. Même Momos le dieu moqueur s’est abstenu de se moquer de l’homme auquel il manque « une petite fenêtre au cœur, afin que par la on peut voir ses pensées ».

La Boétie prend ensuite la défense de Cicéron qui oeuvra grâce à ses discours à la conquête de la liberté à Rome, mise en œuvre par Brutus et Cassius, assassinant César. Les autres conjurations romaines n’ont pas fait disparaître la tyrannie : « suis content qu’ils aient montré par leur exemple qu’il ne faut pas abuser du saint nom de liberté, pour faire mauvaise entreprise ». Bien sûr, invoquer la liberté ne suffit pas à la faire régner pour de bon. Le lecteur est donc indirectement invité à remettre en cause sa propre idée de la liberté quand il la croit acquise. Ceci minimise aussi la portée satirique des passages ridiculisant les esclaves… dans la mesure où tant de gens semblent finalement l’être, selon des modalités infiniment variées. L’art de faire croire aux hommes qu’ils sont libres est d’un raffinement extrême, une illusion certaine.

En fin de compte, La Boétie reconsidère ses arguments de départ. « La première raison pourquoi les hommes servent volontiers, est pour ce qu’ils naissent serfs et sont nourris tels ». La coutume est donc naturelle, la servitude également. Comme le dit Hippocrate, médecin grec au siècle de Périclès, les gens deviennent lâches. Perdre la liberté, c’est perdre la vaillance, la vitalité, la santé. L’historien grec Xenophon avait déjà souligné le malaise et la peur ressentis par les tyrans, très communicatifs !

Le contre-poison, c'est l'amitié universelle qui affranchit. La Boétie justifie l’omniprésence de la tyrannie par un élan naturel dû à la faiblesse humaine, laissant le mouvement de l’amitié se corrompre en sujétion. Comment la nécessité naturelle de l’amitié peut-elle dégénérer ? Diverses techniques de manipulation des autres et de soi-même dévoient la nature.


                                                              Graffiti à Genève, 2007


N’hésitez pas à cliquer sur les liens hypertextes pour approfondir la lecture de cet article ! Le texte de La Boétie est excellement bien lu dans une série de quatre vidéos proposée par la chaîne YouTube d'ashy.bringer.
Une interprétation de l'oeuvre est diffusée sur le player de France Culture dans l'émission Le gai savoir, par Raphaël Enthoven, le 27 avril 2014 : l'amitié, Discours de la servitude volontaire.

 N.B : Les citations sont extraites de l’édition Gallimard, collection Tel. Le texte intégral en français modernisé est  consultable librement en version numérique sur le site classiques.uqa.ca, ou disponible avec un glossaire aux éditions Garnier-Flammarion.

Vanessa Kientz

mercredi 5 août 2015

Le métier d'écrivain aujourd'hui : rencontre avec Nairi Nahapetian ----



Pour faire découvrir au grand public les multiples facettes du métier d'écrivain aujourd'hui, j’ai rencontré le 3 juillet 2013 Nairi Nahapetian autour d’un café à Paris. Elle est actuellement journaliste pour la revue Alternatives économiques et a rencontré le succès dès son premier polar franco-iranien, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? , publié aux éditions Liana Levi en 2008. Le personnage de Narek Djamshid, celui qui mène l'enquête - même si ses investigations ne porteraient pas leur fruit sans l'intervention d'une Iranienne - , réapparaît dans Dernier refrain à Ispahan   publié en 2012.
Ecrire, c’est lire et relire
Tout d'abord, Naïri Nahapetian insiste sur l'importance de la lecture : « la frontière entre la lecture et l'écriture est mince, on passe beaucoup de temps à se relire ». En outre, elle lit beaucoup d'auteurs contemporains de worldpolar. On retrouve par exemple dans ses romans la multiplicité des points de vue utilisée par l'auteur israélienne Batya Gour. Faisant évoluer ses personnages dans l'univers du narcotrafic, elle a lu  La griffe du chien de Don Winslow, polar américain plongeant au cœur de la guerre du narcotrafic mexicain. Elle lit également des auteurs iraniens comme Sâdeq Hedayat. Mais actuellement, en Iran, aucun polar n'est publié, hormis par le biais cinématographique des thrillers blockbusters et de séries d'espionnage se déroulant dans les années quarante, œuvres de propagande politique. D'autre part, en Iran, de nombreuses femmes écrivent des histoires à l'eau de rose, mais les plus populaires ne sont pas traduites.
Ecrire, c’est voir et regarder
Naïri Nahapetian regarde également de nombreuses séries (souvent des adaptations de romans policiers), en particulier la série écrite par David Simon et Ed Burns The wire. Elle en intègre des éléments dans ses romans, de manière inconsciente dans un premier temps.  Elle fait un clin d'oeil à cette culture très éclectique, dans Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? lorsque la tante de Narek regarde des soaps indiens. Ce genre, qui reste en fait un sous-genre littéraire, est en crise comme le roman, mais il est populaire. Il joue un rôle dans une société elle-même en crise, retraçant les aventures d'un individu finalement plutôt rassurant, car il parvient à trouver une réponse rationnelle à ses questions. Ce genre est également adapté à la société iranienne en voie de modernisation. En effet, le genre du polar à énigme choisi par Naïri Nahapetian permet de rendre compte du contexte contemporain. L'auteur s'est inspirée d'affaires de corruption réelles. De plus, de nombreux meurtres en série sont perpétrés en Iran - mais ni d'ayatollah ni de chanteuse, comme c'est le cas dans ses deux romans - .
L'auteur doit également faire des expériences de terrain pour rendre compte d'une réalité. Dans Dernier refrain à Ispahan, l'auteur construit l'univers réaliste de l'Iran actuel : une société très moderne, soumise à des lois totalement absurdes. Ce décalage génère de l'humour tout au long du roman, qui montre bien aussi la prégnance du contrôle social restreignant les libertés individuelles, tout particulièrement pour les femmes qui n'ont pas le droit de chanter. Les Iraniens se montrent chaleureux avec les étrangers car ils souffrent de l'isolement du pays, ce qui permet à l'enquêteur malgré lui, Narek Djamshid, de trouver des interlocuteurs ouverts et d'accéder inopinément au lieu du pouvoir.
Ecrire, c’est prévoir, inventer et rédiger
Ensuite, pour élaborer son roman, l'auteur construit au préalable un plan, chapitre par chapitre. Elle le suit assez rigoureusement lors de la phase de rédaction, tout en restant marquée par certaines scènes ou phrases. Pendant le temps de l'écriture, elle s'extrait de ses activités habituelles. Son second roman est en cohérence avec le premier car elle remet en scène Narek Djamshid, un Français d'origine iranienne dont la névrose lui fait faire de fréquents retours aux sources en y trouvant des mères substitutives. « Un peu anti-héros, il ne parvient pas à résoudre les questions qu'il se pose. Il trouve des réponses, pas forcément celles qu'il cherchait ». Il représente le regard occidental sur ce pays, tandis que l'enquête avance surtout grâce à une véritable héroïne iranienne.
Ecrire, c’est rencontrer et partager
Naïri Nahapetian fréquente également les salons du polar, anime des ateliers d'écriture. En effet, pour écrire, elle a besoin de vivre des expériences humaines riches en émotion, différentes du travail intellectuel et théorique de la journaliste économique.
L'auteur travaille également en relation avec un éditeur. Dans un premier temps, Naïri Nahapetian avait écrit un roman policier dont le personnage principal était un anarchiste d'extrême-droite, qui n'a pas été publié. Elle a ensuite publié avec un succès immédiat Qui a tué l’ayatollah Kanuni et Dernier refrain à Ispahan. Et tout récemment, son troisième roman,Un agent nommé Parviz, aux éditions de l'Aube. Littérairement atomique.

Vane Kien





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À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----





Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai.  Oeuvre de légère anticipation politique, dont l'intrigue se déroule en 2017, faisant référence à des personnalités politiques parfois réelles : Bayrou en Premier ministre du Président musulman modéré Mohammed  Ben Abbes.

Est relaté, à la première personne, le quotidien parisien de François, professeur de littérature  à l’université de la Sorbonne, spécialiste de  l’auteur décadentiste Huysmans.  Bien qu’il vive essentiellement dans l’univers de son auteur fétiche, il est motivé moins par son métier que par ses élèves avec lesquelles il entretient des relations, et tombe amoureux de son étudiante Myriam, au physique avantageux. Lors d’un changement de direction lié aux élections consacrant la victoire du parti de la Fraternité musulmane en 2017, contre le bloc identitaire de Marine Le Pen, Myriam suit ses parents à Tel-Aviv. Le narrateur choisit dans un premier temps une retraite confortable plutôt qu’un poste très bien rémunéré, mais qui nécessiterait une conversion à la religion musulmane.  Il rencontre ensuite le nouveau directeur de l’université, un converti, Robert Rediger, qui le fera changer d’avis pour des raisons qui semblent vaguement masculinistes.



Retour au patriarcat en France : amusante ou désespérante issue réactionnaire, après le cinglant désaveu infligé par l’auteur des Particules élémentaires à la génération libertaire de soixante-huitards décadents ? Houellebecq est provocateur tout en mettant en scène un narrateur à la dérive, dans un style limpide,  bien lissé. Une pointe d’humanisme[i] subsiste dans l’intérêt porté à l’islam, aux identitaires, aux femmes aussi bien qu’aux hommes. Houellebecq, un auteur promouvant l’homme banal, se livrant à une ethnologie de la solitude et du machisme moderne ?

Le titre du roman est une traduction française du mot arabe « islam ». Les références religieuses et politiques du roman sont certes parfois réalistes, au sujet du débat sur les preuves de l’existence de Dieu ou de l’observance des cinq piliers de l’Islam.  Mais elles demeurent  bien souvent inventées par un auteur qui propose avant tout une œuvre sociale crypto-engagée car décalée, corrosive mais non pas subversive. Le thème essentiel demeure une déambulation littéraire dans les méandres de  l’esprit fin de siècle (le XIXème). Géopoétique mentale d’un homme fragile, aisément manipulable. Au lecteur de prendre au second degré l’instauration imaginaire de la charia en France, l’auteur se jouant à rebours des peurs collectives[ii], en savoureux avatar du dandysme inrockuptible. Et paf ! Autodérision ?

V.K.




[i] Cet humanisme paradoxal filtre selon moi de manière comique derrière le cynisme du narrateur qui s’entend avec Rediger à ce sujet : « rien que le mot d’humanisme me donnait légèrement envie de vomir, mais c’était peut-être les pâtés chauds, aussi, j’avais abusé ; je repris un verre de Meursault pour faire passer » (p.250-251)
[ii] L’auteur met en exergue au début du cinquième chapitre une citation de l’ayatollah Khomeyni. 



Crédit photographie : "Amour et soumission" Le site de Max Heratz,

Définition des mots "Fiction" et "Transmédia" -----


Juillet 2015. ON DIT que nous sommes entrés dans une société de la connaissance. Communication dématérialisée qui induit de profondes transformations socio-économiques, humaines et artistiques.  Et blablabla. Michel Serres nous aide à mieux comprendre en nous présentant sa créature à vocation didactique : Petite Poucette[1]. Ce personnage emblématique évolue dans le nouvel espace-temps induisant des relations humaines réactivées.
La fiction est en pleine métamorphose par le développement des moyens de communication à travers le monde, MAIS elle demeure un besoin premier et universel. L'écrivain-diplomate Romain Gary le rappelle dans  Les Racines du ciel (1954) : dans le camp de concentration, pour survivre, Robert s’était créé une compagne imaginaire.

La fiction demeure un besoin premier et universel. 


La littérature française est un art de la fiction maîtrisé par un Auteur, à la différence du storytelling[2], narration interconnectée, collaborative et imprévisible dans le monde en  vive expansion des médias. Une œuvre savamment et lentement construite se dresse face à un serpent de mer dont les communicants tentent de dominer les soubresauts, en temps réel. Un nouveau lexique est en construction au sein de la Commission générale de terminologie et de néologie qui propose le terme de transmédia (Vocabulaire de l'audiovisuel par au Bulletin Officiel, mis à la disposition des professeurs de français[3]) :
transmédia, adj. ou n.m.
Domaine : Audiovisuel.
Définition : Se dit d'un mode de création ou de production utilisant de façon combinée et complémentaire différents médias pour développer une même œuvre ou un même sujet ; par extension, ce mode de création ou de production.
Voir aussi : multisupport, télévision participative.
Équivalent étranger : crossmedia (n. ou adj.), transmedia storytelling (n.).


End of story-----
Joan Alba




[1] Voir conférence vidéo Michel Serres présente Petite Poucette : révolution culturelle sur le langage. 20 000 mots en plus dans le Dictionnaire de l’Académie française (vocabulaire des métiers et des sciences). Une révolution dans le temps, dans l’espace, pour les hommes et les femmes. https://www.youtube.com/watch?v=ZCBB0QEmT5g

[2] Terminologie : article « storytelling », wikipedia 

[3] Extrait du Bulletin Officiel n°24 du 12 juin 2014 :

À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----

Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai. ...