mercredi 5 août 2015

À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----





Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai.  Oeuvre de légère anticipation politique, dont l'intrigue se déroule en 2017, faisant référence à des personnalités politiques parfois réelles : Bayrou en Premier ministre du Président musulman modéré Mohammed  Ben Abbes.

Est relaté, à la première personne, le quotidien parisien de François, professeur de littérature  à l’université de la Sorbonne, spécialiste de  l’auteur décadentiste Huysmans.  Bien qu’il vive essentiellement dans l’univers de son auteur fétiche, il est motivé moins par son métier que par ses élèves avec lesquelles il entretient des relations, et tombe amoureux de son étudiante Myriam, au physique avantageux. Lors d’un changement de direction lié aux élections consacrant la victoire du parti de la Fraternité musulmane en 2017, contre le bloc identitaire de Marine Le Pen, Myriam suit ses parents à Tel-Aviv. Le narrateur choisit dans un premier temps une retraite confortable plutôt qu’un poste très bien rémunéré, mais qui nécessiterait une conversion à la religion musulmane.  Il rencontre ensuite le nouveau directeur de l’université, un converti, Robert Rediger, qui le fera changer d’avis pour des raisons qui semblent vaguement masculinistes.



Retour au patriarcat en France : amusante ou désespérante issue réactionnaire, après le cinglant désaveu infligé par l’auteur des Particules élémentaires à la génération libertaire de soixante-huitards décadents ? Houellebecq est provocateur tout en mettant en scène un narrateur à la dérive, dans un style limpide,  bien lissé. Une pointe d’humanisme[i] subsiste dans l’intérêt porté à l’islam, aux identitaires, aux femmes aussi bien qu’aux hommes. Houellebecq, un auteur promouvant l’homme banal, se livrant à une ethnologie de la solitude et du machisme moderne ?

Le titre du roman est une traduction française du mot arabe « islam ». Les références religieuses et politiques du roman sont certes parfois réalistes, au sujet du débat sur les preuves de l’existence de Dieu ou de l’observance des cinq piliers de l’Islam.  Mais elles demeurent  bien souvent inventées par un auteur qui propose avant tout une œuvre sociale crypto-engagée car décalée, corrosive mais non pas subversive. Le thème essentiel demeure une déambulation littéraire dans les méandres de  l’esprit fin de siècle (le XIXème). Géopoétique mentale d’un homme fragile, aisément manipulable. Au lecteur de prendre au second degré l’instauration imaginaire de la charia en France, l’auteur se jouant à rebours des peurs collectives[ii], en savoureux avatar du dandysme inrockuptible. Et paf ! Autodérision ?

V.K.




[i] Cet humanisme paradoxal filtre selon moi de manière comique derrière le cynisme du narrateur qui s’entend avec Rediger à ce sujet : « rien que le mot d’humanisme me donnait légèrement envie de vomir, mais c’était peut-être les pâtés chauds, aussi, j’avais abusé ; je repris un verre de Meursault pour faire passer » (p.250-251)
[ii] L’auteur met en exergue au début du cinquième chapitre une citation de l’ayatollah Khomeyni. 



Crédit photographie : "Amour et soumission" Le site de Max Heratz,

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