jeudi 22 février 2018

Atelier d'écriture "écrire une nouvelle"

Reprise de l'atelier d'écriture le vendredi 9 mars 2018 à 18h30 au centre culturel Paul B. de Massy.
Ouvert aux adultes.
Fréquence : un vendredi sur deux.
Thème : "écrire une nouvelle".
Contact : 06 62 51 87 33

mercredi 8 novembre 2017

Prix de Flore 2017 ex aequo : Paname Underground, de Zarca (éditions Goutte d’or)

 Style nerveux, personnages réalistes à bien y regarder (ils traînent dans la rue de toute façon). Un livre puissant, avec des lignes de coke plutôt que de morale. Hyper drôle et violent. Autofiction exagérée d’un écrivain en marge de la marge, qui aime ce qui va trop loin et qui va trop loin. Avec son personnage comme avec ses mots, à la limite du compréhensible. Mais ça dissonne bien (on peut détester).

Comme dans chaque livre de Zarca, la trajectoire est sans détour. Il balance un type dans son milieu, avec ses potes déjantés, et le lecteur est emporté dans une spirale de violence.

Une histoire d’écriture


Le narrateur-écrivain raconte son histoire : il va tenir la promesse faite à Dina, celle qu’il aime par-dessus tout. Sa frelonne, sa sista, sa reusse. Promesse d’écrire un guide de l’Underground parisien, peut-être un peu parce qu’une fille comme elle a de la valeur et que c’est là qu’elle vit. Le milieu de cette fille existe en vrai, l’ambiance et les lieux sont tous authentiques, même si les noms sont parfois modifiés.

Le guide nous emmène au-delà du paraître. Il nous initie aux psychismes défoncés non seulement par la drogue, mais aussi par les relations humaines. Et qui survivent par solidarité. Des soutiens, l’info au bon moment pour échapper aux coups foireux. Une certaine façon de faire sentir les lois sacrément explicites de la vie en société. Dans un langage pas facile à capter, on en perd un bout et peu à peu on comprend. Pas facile tant les influences étymologiques, renversées à l’occasion, et les contaminations sémantiques sont riches et ondoyantes, au gré des migrations internationales et des mélanges démocratiques.

 L’histoire est tirée au cordeau. De chapitre en chapitre, on avance dans un guide touristique hardcore. Forcément, on apprend des choses. C’est vraiment un guide sur Paris.

Géographie urbaine 


L’auteur a-t-il pris des risques ? Il évoque les dessous d’un pan assez énorme de l’économie (la drogue, le sexe, les armes). Il ne juge personne, il rend hommage à des morts-vivants de leur vivant, ceux qui sont enfermés dehors ou dans des caves bizarres et des rades vraiment cradingues et flippants.

Table des matières (extraits) :


  • Red-light Pigalle
  • Hardcore comme Paris Nord
  • Les Champs-Élysées underground
  • Porte d’Aubervilliers, le hangar des rabouins
  • Les galériens de la Nation
  • Bezbar — Pelcha
  • Rive gauche : la faf connexion
  • Jardin Villemin : little Kaboul
  • L’arsenal de Saint-Mich’
  • Le squat de Stalincrack

Une histoire de vengeance


Les humains, aux prises avec leurs besoins immédiats, s’arrangent avec la loi, la morale et les sentiments. Tout particulièrement Zays, le géniteur du bébé de Dina tué dans l’œuf par une overdose qui tombe mal à propos.
Le narrateur ne croit pas à la thèse du suicide maternel. Il décide de mener l’enquête pour trouver qui est derrière cette mort suspecte qu’il n’encaisse pas. Il nous parle de son guide en cours d'écriture, tout en remontant la piste des indices qui le mèneront peut-être au coupable. C’est un polar dans un monde où pas un flic n’oserait mettre les pieds.
Le narrateur enquête à double niveau, sur les bas-fonds de Paris et sur l’identité du meurtrier. Au fil des rencards et des rencontres, on voit bien qu’il se noue des choses, dans le secret des consciences. Chez certains, ça se voit physiquement. Leur âme est imprimée sur leur visage. D’ailleurs, il aimait Dina, même avec ses « carreaux sous les yeux » et si ses « chicots sont jaunes », qu’elle s’habille en bombasse piercée à tignasse violette. Touchant, rebutant et drôle.


#Littérature-vandale-radicale


Tous les personnages se droguent tellement, tout le temps. Ils n’en restent pas moins obnubilés par leur réputation, leurs amitiés, leurs amours. Des caricatures ambulantes, criantes de vérité.

Ce genre de livre parle de ceux qui font peur, qui ne lisent pas, qui n’ont pas la parole médiatique, sauf dans la rubrique « faits divers ». Et pourtant, quand on gratte un peu, avec la subtilité du verbe zarcassien, on voit des êtres tout en nuances. Des phrases courtes pour peindre, par touches successives, à coup de « vas-y » et de « putain d’sa mère », une cour des Miracles 2.0. Le langage d’une majorité de personnes, finalement. Ceux qui font que les rues parisiennes sont pavées de kebabs et de peur des autres. La vie, quoi. On glisse imperceptiblement dans la littérature, ce qui n’est pas trop grave puisqu’on rit du début à la fin.


V. Kientz

vendredi 29 septembre 2017

Un cowboy à l'imaginaire précaire





Tentative d’approche de Cowboy light, premier roman de Frédéric Arnoux, paru aux éditions Buchet-Chastel en 2017.

Chronique littéraire du roman Cowboy light
Cowboy light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017
Un petit vendeur de shit endetté, rêveur et fêtard, raconte son quotidien dans les quartiers populaires du Besançon des années 1980. Tout commence par une soirée glauque à la fin de ses trois semaines d’intérim à côté de l’usine Lip. 

Il vit encore chez la Ginou, sa mère adoptive au chômage. Une vie kitsch en version cradingue, avec les potes. Il aime ça, il cultive l’humour et le mauvais goût. Ses fulgurances cyniques ont une légère tendance à devenir obsessionnelles, surtout en fin de soirée. 

Sensible, curieux et drôle, il se lance dans une quête effrayante : celle de sa mère qu’il n’a jamais connue. Pourquoi effrayante ? À cause des accès de violence gratuite qui font monter la pression. Les figures maternelles suscitent sa colère, jusqu’à ce qu’il décide de devenir gigolo. Cette idée lui est venue après avoir ressenti une attirance pour Ninon,  belle femme mûre, bourgeoise cocaïnée mais lucide, croisée lors d’une virée nocturne en Suisse, à bord d’une voiture volée. Il tombera bêtement amoureux, ce qui fera de lui un conquérant dérisoire et dangereux. Pourtant, il reste fidèle en amitié et revient toujours au bercail familial.

Le lecteur est immergé dans une période de chômage, transcrite dans le langage interlope du gars qui s’accroche vraiment. Rien n’empêche toutefois la descente aux enfers, via un imaginaire précaire. La tranche de vie est faite de blagues crasseuses et de ressassements, de récits de rêves et d’hallucinations maternelles. Cowboy Light est un roman héroï-comique et touchant sur l’illusion sociale. Les rêves de grandeur et de fric, barrés par tant d’obstacles, ne sont-ils que vanité et folie ? C’est peut-être tout simplement ça, la vie. 

Ni son milieu, ni l’école ne lui ont laissé aucune chance. Le lecteur rit malgré le manque d’horizon des personnages. Un univers réaliste plein d’embrouilles et de trafics… En tout cas, la Ginou, sa mère adoptive, l’a bien houspillé, ses créanciers l’ont bien traqué, histoire de le faire entrer dans le rang.

Mais rien à faire, il se pense en héros et le Don Quichotte de la drague et du shit se fracasse. Belle plongée réaliste en zone précaire, touchée par les premières délocalisations des années fric. Une tendresse hardcore au style inimitable. 

Cowboy Light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017.

Pour lire le début du roman, cliquez ici.
Vanessa Kientz




mardi 26 septembre 2017

À propos de Soumission, de Michel Houellebecq -----

Le roman est divisé en cinq parties, aérées de courts paragraphes d'une lecture aisée, dont certains sont datées du mois de mai. ...